PLA : idée du siècle ou greenwashing ?
11 juin 2020

L’essor du plastique à usage unique débute au cours des années 1950. Ses avantages étaient mis en avant ; légèreté, flexibilité, il y avait de quoi séduire ! 70 ans après, nombreux sont à tirer la sonnette d’alarme sur son usage excessif et désastreux pour la planète. Depuis une dizaine d’années, les industriels recherchent activement l’alternative « écolo » aux polymères pétrosourcés tels que le Polyéthylène Téréphtalate (bouteille d’eau) et le Polypropylène (barquette alimentaire). Les bioplastiques pourraient être cette alternative. Reconcil a mené l’enquête sur le plus connu des bioplastiques : le PLA

Dans la famille des “bioplastiques”, je demande le PLA !

Le PLA (acronyme pour PolyLactic Acid, l’acide polylactique) est le plus utilisé de ces bioplastiques. Il est obtenu par la fermentation du sucre contenu dans un végétal (betterave, canne à sucre, blé…), et plus généralement par de l’amidon de maïs. L’acide lactique est ensuite polymérisé pour obtenir une matière qui peut être modelée pour des usages adéquats aux polymères à base de pétrole. Contrairement au plastique PET, pétrosourcé, le PLA est issu de matières végétales qui, elles, sont renouvelables à chaque saison. Le problème de la pollution des combustibles fossiles et de leur raréfaction est réglé. Trop bien.

De plus, le grand avantage du PLA réside dans la fin de son cycle de vie. Biodégradable, il peut en effet être valorisé via un processus industriel et produire de l’électricité ou du biométhane. Son impact quasi-neutre sur l’environnement le démarque des autres plastiques.

Une des premières unités industrielles de PLA, celle de la filiale NatureWorks (Cargill Dow) est opérationnelle depuis 2001 dans l’Etat du Nebraska aux Etats-Unis. NatureWorks est un acteur principal de la commercialisation du PLA ; il produisait déjà 140 000 tonnes de PLA en 2012.

Ayant conquis par ses vertus attirantes, nous retrouvons le PLA dans beaucoup de nos emballages jetables. Facilement injectable et particulièrement transparent, il séduit et se pose comme alternative à la vaisselle jetable en plastique pétrosourcée, vivement critiquée depuis plusieurs années. La production du PLA a augmenté de 41% en 6 ans, en passant de 207 400 tonnes produites en 2013, à 293 290 tonnes en 2019. La course au PLA est en plein essor, avec comme objectif d’atteindre une production de 317 000 tonnes en 2024. (Source : European bioplastics)

Quelques chiffres :

2013 1,7 million de tonne de bioplastique produit dont 207 400 tonnes de PLA (12,2%)
2019 2,11 million de tonne de bioplastique produit dont 293 290 tonnes de PLA (13,9%).
Objectif pour 2024 2,42 million de tonne de bioplastique produit dont 317 020 tonnes de PLA (13,1%).

Un faux-ami de l’écologie

Sur le papier, le PLA semble être l’idée du siècle. Il est cependant controversé dans son utilisation en tant que substitut aux plastiques pétrosourcés jetables.

En premier lieu, soulevons le problème lié à la production des matières végétales. Avec l’essor du PLA, la pression et la mise en concurrence des terres arables augmentera encore plus. Les industriels ont besoin de toujours plus de matières premières végétales pour répondre à la hausse de la demande de PLA, mais également la notre. En somme, il reviendrait à choisir entre manger 2,5 kilos de maïs ou produire 153 gobelets jetables en PLA. À vous de faire votre choix !  (Source : analyse comparative de Mountain Riders)

C’est notamment le PDG de NatureWorks qui explique vouloir un approvisionnement de proximité avec 90 fermes à moins de 80 km de leur usine, et une normalisation de l’ISCC (certification internationale de durabilité du carbone). Cependant, nous pouvons nous interroger sur la teneur de ces terres dans le cas d’un développement très important du PLA. Si la demande s’intensifie, les espaces cultivables devront être trouvés autre part, et la production de PLA ne fera que favoriser une déforestation encore plus importante.

En second lieu, l’atout « biodégradable » du PLA révèle quelques faces cachées. Les conditions de sa décomposition sont spécifiques, inutile de compter sur votre tas de compost (ou lombricomposteur) pour composter le PLA ! Il demande en effet la technique d’un composteur industriel avec des conditions de température et d’humidité précises. Cependant, la collecte consacrée aux déchets PLA est encore trop peu développée en France, faute d’investissements dans des filiales dédiées. Ce bioplastique finit par être mélangé à ses copains le PET et le PP. De nombreuses marques vantent leur usage du PLA, comme beaucoup de chaînes de restaurants « biobios », dont tout le monde raffole (surtout chez Reconcil !). Le marketing est tellement appuyé sur un dixit « zéro plastique » que l’on va finir par croire que tous leurs clients disposent d’un composteur industriel dans leur bureau. C’est faux et cela s’appelle du greenwashing.

 

Engagement « zéro plastique » sur le site d’un restaurant vegan parisien

Enfin, ce matériau se retrouve le plus souvent dans les lignes des centres de tri, qui lui sont indisposées, perturbant leur action en augmentant le taux de refus. Ce plastique à base végétale finit généralement incinéré voir enfouis. Bref, retour à la case départ.

Modifier la culture du “tout jetable”

Le PLA rime avec fausse bonne idée. Nous l’avons vu, le terme « biosourcé » ne veut pas dire qu’il est sans impact négatif pour l’environnement. Aussi, le compostage du PLA reste finalement très minime au vu de l’appareil productif français. Le problème réside davantage dans notre modèle du « tout jetable », qui ne peut pas répondre à l’urgence écologique. L’idée ne serait pas de trouver un autre matériau jetable « miracle », mais plutôt de repenser nos usages et diminuer la consommation de produits à usage unique. Pourquoi ne pas augmenter la durée de vie de nos emballages en privilégiant des contenants en verre, réutilisables, ou via le système de consigne ? Les bioplastiques ont un réel avenir en France mais seulement s’ils sont correctement utilisés et véritablement rentables écologiquement parlant. Ils devraient servir en priorité à fabriquer des objets durables comme des gourdes, des Ecocups ou des emballages réutilisables.

En somme, avec le PLA nous restons dans une économie du « tout jetable ». Une diminution de notre consommation d’emballages à usage unique est la clé pour endiguer la dégradation environnementale.

Sources :

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